vendredi 14 avril 2017

Léane Labrèche-Dor est Antigone






Publié par Esther Hardy le Ven. 14 avril 2017 à 15h40 - Contenu original

Crédit photos: Francis Sercia

La nouvelle compagnie de création théâtrale Le Dôme présente sa première production : « Antigone au printemps » de Nathalie Boisvert, incarnée par Léane Labrèche-Dor, Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi, jusqu’au 22 avril à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise Pelletier, dans une mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.


Dès l’ouverture du rideau, la magnifique voix de Mykalle Bielinski emplit l’espace de son ode à la tragédie dans un « kyrie eleison » absolument fabuleux. Le lieu s’imprègne d’un sens du sacré où chacun n’ose bouger, de peur de briser ce moment d’éternité qu’elle crée, en l’effleurant par un bruit inopportun.




Mykalle Bielinski


C’est sur une scène épurée que nos trois protagonistes entrent et se jettent tête baissée dans un dynamique récit sous un flot incroyable de paroles… D’abord narrateurs, Antigone, Polynice et Étéocle nous introduisent dans l’ambiance de leur quotidien à la Rivière Éternité… Puis vivent les premiers bouleversements de leur père Œdipe qui quitte le foyer familial… et toute leur histoire qui suivra, de leur mère malheureuse qui noie son chagrin…


« Notre mère se tue à force de Margarita. Elle ne reviendra pas. »


Dans un Montréal fictif où Antigone, le personnage mythique de la tragédie grecque, se transforme en une militante qui résiste à l’influence de la droite avec Créon en tête. Lui, un puissant manipulateur, sait charmer la jeunesse qui de son côté cherche à s’accomplir dans une cité en bouleversement.



Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi



Antigone et ses deux frères Polynice et Étéocle tentent de trouver leur place dans leur univers instable et dans un peuple qui se radicalise. Influencés par cette société malade, ces trois frères et sœurs complices deviennent ennemis.


Le ton des comédiens est direct, ils sont peu enclins à l’émotion! Pas de place pour l’épanchement dans la tragédie. Par contre, leurs paroles, la gravité de leurs gestes, leurs désirs et ce qu’ils vivent ont eux un grand impact sur le public.



Xavier Huard, Léane Labrèche-Dor et Frédéric Millaire-Zouvi



On pourrait voir un lien entre Antigone, ses frères et certaines des figures médiatiques du Printemps érable. Néanmoins, c'est en l’idéalisme des personnages de part et d’autre que l'on retrouve des similarités avec les représentants étudiants de l’époque. Ce même feu caractérise ceux qui portent leur lot de difficultés et sont exaspérés des mensonges, des faux semblants et des manipulations, au point de sombrer dans des actions excessives ou dans une radicalisation pour aller au bout d'eux-mêmes.


« Les oiseaux morts, une impression de fin du monde.»


La mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud est précise et très serrée, évitant les temps morts où l’énergie de l’action pourrait s’estomper, ce qui nous garde captif du début à la fin. Multiplié par le talent des trois protagonistes qui lui aussi nous tient en haleine. Ils s’exécutent avec assurance et justesse confirmant l'excellence de leur interprétation.




Léane Labrèche-Dor et Frédéric Millaire-Zouvi


Antigone réussira-t-elle à traverser tous les obstacles de cette société déracinée de ses valeurs, en gardant les siennes, en restant forte même dans la détresse… Réussira-telle à continuer de placer l’être humain comme valeur la plus élevée au centre de cette société en dérision…


Un texte très actuel!


Merci à l'auteure Nathalie Boisvert de nous remettre en mémoire ces moments effervescents et pleins d’espoirs de changements bénéfiques, du printemps érable 2012. Merci de nous remémorer l’agressivité aveugle d’une élite de droite montante, profondément apeurée et qui veut soumettre coûte que coûte malgré l’incohérence de ses convictions. Merci de nous rappeler les injustices, les manipulations d’opinions par les médias et tous les scandaleux traitements de ses offenseurs et notre désir enflammé de les dépasser.





Nathalie Boisvert 

Crédits: Marili Levac



Le Dôme a utilisé une magnifique image en ramenant Antigone, l’archétype de l’amoureuse révoltée, fidèle à ses convictions, droite comme un jeune chêne, prête à donner sa vie pour le respect de ses convictions.


Une première production, c’est le coup d’envoi, le moment magique où on découvre la complicité de son équipe, la chimie des talents réunis et ces miracles qu’on arrive à faire dans des moments clefs. « Antigone au printemps » est un excellent début. Bravo et longue vie au Dôme!

Le charme excentrique d'«Harold et Maude»



Publié par Esther Hardy le Ven. 14 avril 2017 à 14h40 - Contenu original

Crédit photos: Caroline Laberge



Duceppe présente la pièce « Harold et Maude » de Colin Higgins, jusqu’au 13 mai à la Salle Jean-Duceppe de la Place des Arts, dans une mise en scène d’Hugo Bélanger avec les comédiens: Béatrice Picard, Sébastien René, Gary Boudreault, Luc Bourgeois, Jean-Marc Dalphond, Martin Héroux, Danielle Lépine et Marie-Ève Trudel.



Danielle Lépine et Sébastien René


Un retour sur ce délicieux classique : le jeune Harold s’ennuie dans une vie trop superficielle avec une mère bien plus affairée à sa vie mondaine qu’à se soucier des aspirations d’un fils original en quête d’attention. Il jette donc son dévolu sur Maude, une nouvelle relation rencontrée au hasard de ses frasques inusitées.




Béatrice Picard et Sébastien René


Après une vie de multiples épreuves, cette belle artiste anticonformiste de Maude rencontre le jeune Harold. Irrémédiablement engagée à ne voir que le beau côté de la vie, Maude s’arrange pour toujours soutirer le plaisir poétique des situations et des relations avec les autres. Ensemble, ils font une magnifique paire, à la fois désassortie dû au choc générationnel et définitivement complémentaire dans leurs intenses désirs de mordre dans la vie.


L’adaptation qu’en ont faite Hugo Bélanger et Michel Dumont est franchement très concluante. Tout y est! Et ils ont adroitement évité les longueurs du film… On s’amuse et on rit du début jusqu’à la fin.



Béatrice Picard et Sébastien René


Pimpante d’énergie! Enthousiaste et drôle! C’est avec grand plaisir que nous retrouvons la belle Béatrice Picard qui court sur scène comme si elle avait vingt ans. Contrastant avec l’énergie plus lente du personnage de Sébastien René qui pourrait à la limite sembler beaucoup plus vieux à ses côtés, s'il n'y avait son allure éternellement juvénile. La mise en scène n’économise aucune goutte d’énergie de l’octogénaire actrice. Son seul moment de repos dans ce feu roulant de 2h15 est un court entracte dont n’importe quel acteur de la moitié son âge aurait eu besoin à sa place.


Mme Picard est flamboyante! Audacieuse! Elle assume ce rôle en l’enfourchant solidement tel un cheval fougueux et en l’empoignant de toute son expertise! Hugo Bélanger a dit d’elle que ce rôle de l’excentrique et anticonformiste Maude lui ressemble à merveille. Alors, le choix de cette incroyable actrice pour l’assumer allait de soi… Car Béatrice est Maude.


D’ailleurs, toute la distribution de cette pièce tire son épingle du jeu avec brio. La solide performance de Danielle Lépine surprend, tant elle est juste, vive et spontanée. De plus, elle nous offre un très beau jeu avec ce fils si dramatique et ratoureux à la fois. Sébastien René assume avec conviction et justesse son personnage révolté, hyper sensible et romantique comme il se doit, dans cet Harold moderne et charmant qui entre avec difficulté dans l’âge adulte.



Luc Bourgeois et Danielle Lépine


Le talentueux Luc Bourgeois est hilarant et coquin, on ne lui connaissait pas tant de talent humoristique. La belle Marie-Ève Trudel se paye un moment de délire en tentant de se lier d’amitié avec Harold. Elle nous a beaucoup conquis avec ses pauses originales et ses trois personnages très typés qu’elle assume avec conviction et originalité. Jean-Marc Dalphond, Gary Boudreault et Martin Héroux incarnent ces personnages légèrement caricaturaux qu’on adore, et qui éveillent instantanément l’enthousiasme de nos cœurs d’enfants.



Luc Bourgeois, Jean-Marc Dalphond et Sébastien René


Chaque personnage de cette pièce est intensément riche. La distribution et la mise en scène ont su exploiter chacun d’eux pour en révéler toute leur délicieuses couleurs. Maude est certainement un des plus beaux personnages qu’une actrice avançant en âge puisse assumer dans la dramaturgie contemporaine.


Ce qui fait d’« Harold et Maude » une pièce rafraîchissante, drôle et originale qui nous fait du bien! L’adroite mise en scène d’Hugo Bélanger avec une scénographie qui ajoute un aspect déjanté à ce spectacle, en fait une occasion de rire, un beau moment de détente qui nous charme dès l’ouverture du rideau jusqu’aux applaudissements.




Gary Boudreault et Sébastien René

samedi 8 avril 2017

«Vide et Vertige» de beauté





Publié par Esther Hardy le Sam. 8 avril 2017 à 15h10 - Contenu original

Crédit photos: Guy L'Heureux


Amateurs d'art, vous connaissez sûrement ce trésor au coeur de Griffintown qu'est le 1700 La Poste. Sinon, je vous suggère fortement d'y faire une balade pour découvrir cette magnifique galerie d'art! Le 1700 La Poste est un lieu étonnant, rénové avec une expertise évidente, sous les bons soins de la généreuse mécène, Isabelle de Mévius.




Isabelle de Mévius présente "Vide et Vertige"


Inspirée par son amour pour l'art, Mme de Mévius a choisi le Québec pour déployer sa vision et son désir de révéler le souffle derrière chaque œuvre d'art. Belge de naissance, elle a trouvé chez nos artistes québécois, la motivation qui l'incite à mettre en valeur leurs œuvres d'art et elle le fait avec une habileté impressionnante, entourée d'une équipe d'expert et d'historien.


Mme de Mévius est l'âme qui insuffle l'impulsion, la vision et la volonté derrière chacune des expositions de cette magnifique galerie d'art.




L'ancien bureau de poste



D'abord le lieu, le 1700 La Poste est situé au 1700 Notre Dame Ouest. Cet ancien bureau de poste célébrait son centième anniversaire en 2013, au moment de la prise de possession de Mme de Mévius et de son équipe. L'architecture du siècle précédent qu'on ne pourrait reproduire aujourd'hui tant les coûts seraient onéreux, en fait un lieu débordant d'un charme historique et d'une dignité que sa nouvelle propriétaire a su judicieusement exploiter.



Le 1700 La Poste est une galerie d'art qui offre des expositions aisément comparables à celles qu'on retrouve dans les musées, tant sa qualité est appréciable. Pour chaque artiste qu'elle reçoit en ses murs, elle offre une présentation personnalisée, adaptée à l'esprit derrière la vision artistique de l'artiste et à la genèse de l'œuvre qui en révèle toute son essence.


« Vide et Vertige » est la septième exposition du « 1700 La Poste » depuis son ouverture en 2013. Vous pouvez y admirer les œuvres de Jocelyne Alloucherie, Ivan Binet et Mathieu Cardin jusqu'au 18 juin. Et l'exposition vaut vraiment le coup d'œil… Voyager dans l'univers de ces trois artistes, c'est découvrir des textures, des nuances, des visions d'endroits qu'on connaît parfois et qui sont réinventées sous le regard créatif et visionnaire de leurs objectifs ou de leurs adroites mains.




Chute 1


Dès l'entrée, on est accueilli par les majestueuses portes qui s'ouvrent sur la première œuvre, un des superbes clichés d'Ivan Binet. Natif de la Capitale nationale, Binet a chassé à l'aide de son objectif, les textures et profondeurs de la nature et de ses éléments dans le Parc Montmorency entourant les chutes du même nom. Mais, à moins que vous connaissiez le lieu par cœur, vous ne pourrez aucunement l'identifier ou le reconnaître. Car tel un peintre, Binet sait développer un regard neuf, sous des angles créatifs, produisant des textures, des reliefs et des profondeurs délicieusement vertigineuses.




Brume 2


À l'étage, vous serez étonné par la beauté de la brume de l'aube, sous les glaciers que vous pourrez admirer dans différents coups d'œil. Judicieusement disposés pour que vous puissiez porter de multiples regards, les nuances des textures et des reliefs glacials vous étonneront. Car Jocelyne Alloucherie, photographe émérite, nous fait découvrir la matière givrée des icebergs sous un regard neuf. Telles des curiosités géologiques dans la blancheur du lever de soleil, elle a su extirper l'exceptionnel grâce à son objectif.





L'invention des images



Puis, ce sera le génie de Mathieu Cardin qui vous émerveillera. Artiste contemporain d'expérience, il module ses sculptures comme il le ferait à l'aide d'une caméra et y développe des images pour nous raconter un récit. Avec des montagnes, des jeux de perspective, il nous fait vivre une expérience sensorielle et dynamique. Son expérience en cinématographie se matérialise dans une vision de l'objet et du paysage que l'on connaît habituellement à travers les films, mais plus rarement incarnée concrètement sous nos yeux, avec en ajout, le plaisir de pénétrer à l'intérieur de son installation pour en découvrir les secrets.


Depuis l'ère conservatrice, l'aide aux artistes n'a pas beaucoup évoluée au Québec. Alors, des âmes généreuses et amoureuses des arts comme Mme de Mévius sont une priorité pour que nous puissions admirer des œuvres magnifiques comme celles de Jocelyne Alloucherie, Ivan Binet et Mathieu Cardin présentés sous un regard neuf au 1700 La Poste.


Un livre souvenir de l'exposition, réunissant les œuvres des trois artistes exposés, est aussi disponible sur place ou en ligne. Un complément de qualité ou un cadeau magnifique qui réunit ces œuvres afin de les garder bien vivantes dans nos souvenirs.


vendredi 31 mars 2017

Sagesse hindoue signée Peter Brook à la Place des arts




Publié par Esther Hardy le Ven. 31 mars 2017 à 11h00 - Contenu original

Crédit photos: Caroline Moreau



Le Théâtre de création français des Bouffes du Nord a présenté la pièce Battelfield tirée du Mahabharata, adaptée par les auteurs et metteurs en scène Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, le week-end dernier à la 5e salle de la Place des Arts. Accompagné par un talentueux joueur de djembé, Toshi Tsuchitori, ce récit poétique a été incarné par les comédiens Carole Karemera, Jared McNeil, Ery Nzaramba et Sean O’Callighan, des acteurs européens et africains.





Peter Brook


Sur une scène épurée, où seuls quelques bâtons de bambous faisaient figure de décor et un tabouret en guise d’accessoire pour meubler l’espace, les acteurs ont ainsi eu tout le loisir de créer leur récit en stimulant adroitement notre imaginaire de leur talent.


Battlefield est un récit métaphorique joué en pièce de théâtre, le récit d'un combat légendaire tiré d’une grande fresque historique légendaire qui originellement dure neuf heures. Le Mahabharata est à la tradition hindoue ce qu’est la mythologie grecque à l’occident, un récit fondateur de toute la tradition. L’histoire du Mahabharata comprend pas moins de dix-sept mille pages. Battlefield en est qu’un épisode choisi pour illustrer cette légendaire histoire, genèse de toute la tradition hindoue.







Les personnages sont issus des déités hindoues, tous plus grands que nature et tellement simples à la fois, comme le sont les vrais héros. Avec une simplicité désarmante, ils nous parlent des grands moments de leurs vies et de leur sage vision, ils illustrent des anecdotes, souvent cocasses, pour insuffler un nouveau regard sur le quotidien.


Au rythme parfait du djembé, ils nous ont pris par la main et nous ont emmenés dans leur monde avec une justesse et une délicatesse appréciable qui m’a rappelé les grandes tragédies sans l’aspect dramatique de celle-ci. La similarité se retrouvant dans l’aspect épuré de ce moment théâtral qui laisse toute la place à l’impact et au dénouement de l’histoire.





Originellement incarné par un seul conteur qui joue tous les personnages, et qui utilise un seul accessoire pour illustrer chacune des aventures, cette pièce est plus près d’un récit historique, d’une grande histoire que d’une pièce de théâtre classique. Une histoire que tous les hindous connaissent littéralement par cœur.


Habituellement, les comédiens sont choisis en fonction de leur capacité à incarner un personnage spécifique, à s’y modeler et ils sont aussi choisis pour leur charisme, leur capacité à occuper la scène, etc… Dans ce cas-ci, les metteurs en scène ont cherché des comédiens qui en plus de leur qualité artistique scénique, avaient des capacités de conteurs, ce que les Anglais appellent le storytelling, une capacité à incarner un récit et à bien l’imager pour le public.






L’appréciation de la profondeur et de la beauté de cette grande fresque historique qu’est le Mahabharata se mesure dans son impact symbolique sur chacun des participants et des spectateurs qui l’ont beaucoup aimé.


Peter Brook est un grand metteur en scène, acteur, réalisateur et écrivain britannique qui a été conquis par cette histoire depuis ses jeunes années et qui a présenté l'intégralité de ce récit à Avignon en 1985. Les critiques élogieuses ont fait de cet événement le tournant de sa longue carrière artistique.


lundi 27 mars 2017

Le Rideau Vert vole au-dessus d'un nid de coucou!




  

Texte original d’Esther Hardy
Photos crédits : François Laplante Delagrave



Le Rideau Vert présente la pièce « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Dale Waserman, dans une traduction, une adaptation et une mise en scène de Michel Monty, jusqu’au 22 avril prochain. Comme on se rappelle, ce morceau d’anthologie qu’a été la version cinématographique tournée dans un asile avec Jack Nicholson dans le rôle-titre a raflé de nombreux prix, dont cinq oscars à sa sortie en 1975. L’histoire reste toujours aussi captivante et la distribution lui fait honneur avec les talents de : Julie Le Breton, Mathieu Quesnel, Sylvio Archambault, Anne-Marie Binette, Catherine Chabot, Philippe David, Stéphane Demers, Jacques Girard, Jean-François Hupé, Renaud Lacelle-Bourdon, Justin Laramée, Benoit Mauffette, Jacques Newashish, Frédérick Tremblay et Gilbert Turp.



 Mathieu Quesnel et Julie Le Breton



D'abord, la version roman écrite par Ken Kesy a été publiée en 1965, ensuite on l’a adapté très rapidement à la scène et elle a été jouée sur Broadway en 1966. Complètement sous le charme, Kirk Douglas qui en incarnait le rôle-titre, l’a aimé au point qu’il en a acheté les droits pour le cinéma afin de les offrir à son fils producteur Michaël. Voici donc la petite histoire légendaire du film qu’on a tant aimé dans les années soixante-dix. 







Recréer toute cette ambiance d’asile avec les personnages interprétés par des acteurs hollywoodiens comme Danny De Vito, Jack Nicholson, Christopher Lloyd (Retour vers le Futur), etc. revêt un défi pour les interprètes qui doivent nous faire oublier ces prestations mythiques par leur interprétation à la fois charmante et nuancée.



Comme toujours, la mise en scène prend ici une grande place, car elle doit déployer son art dans un travail adroit et son maître d’œuvre, Michel Monty arrive à nous imprégner sa version et à diluer la précédente dans notre esprit au moins pour quelques heures.



Frédérick Tremblay et Julie Le Breton



La belle Julie Le Breton reste extrêmement charmante et juste dans le personnage de la légendaire et horrible infirmière. Froide et militaire à souhait, elle incarne avec dignité celle qu’on aime haïr sans tomber dans la caricature et nous offre un jeu sans reproche! 



Stéphane Demers



Chaque personnage est superbement campé! Pour ne nommer qu’eux, Stéphane Demers et Jaques Girard sont admirables dans leur interprétation des compagnons d’asile, tellement bien incarnés qu’on les reconnaît à peine. On y croit, on est touché et on compatit de leur déconvenue.



Stéphane Demers et Mathieu Quesnel



Le défi de Mathieu Quesnel est de taille, s’attaquer à ce personnage légendaire et nous faire oublier l’interprétation qui a valu un Oscar et de multiples récompenses à Jack Nicholson n’est pas une mince affaire. Héros de la pièce, Mathieu arrive à se l’approprier et nous présenter une version crédible de ce bum sympathique. 








Et ça marche!!! Malgré quelques petites lenteurs, comme on peut s’y attendre parfois lors d’une première le temps que les comédiens trouvent leurs repères, roulent un peu leur spectacle et s’ajustent dans l’espace. Néanmoins, nous avons été agréablement surpris, conquis même et nous avons passé une très belle soirée!




Au Rideau Vert jusqu’au 22 avril.



mercredi 22 mars 2017

Macha Limonchik amante de Caligula


Benoît McGinnis, Macha Limonchik
Crédit photos: Yves Renaud


Publié par Esther Hardy le Mer. 22 mars 2017 à 16h33 - Contenu original


La pièce « Caligula » d'Albert Camus est présentée au Théâtre du Nouveau-Monde jusqu'au 12 avril. Nous avons rencontré Macha Limonchik, Caesonia l'amante du roi despotique, qui nous parle de cette pièce de théâtre bouleversante.






Saviez-vous que le nom « Caligula » est à l'origine un sobriquet donné au futur roi, car lorsqu'il était enfant, le jeune Caius suivait sa mère et son père dans les camps de soldats romains. Il portait alors de petites sandales adaptées à ses pieds, similaires à celles des soldats romains, appelées « caliga ».




Benoît McGinnis, Macha Limonchik, Benoît Drouin-Germain, Éric Bruneau


Texte:  ALBERT CAMUS


Mise en scène et dramaturgie:  RENÉ RICHARD CYR


Distribution:
Chantal Baril, Éric Bruneau, Louise Cardinal, Normand Carrière, Jean-Pierre Chartrand, Sébastien Dodge, Benoît Drouin-Germain, Milène Leclerc, Jean-Philippe Lehoux, Macha Limonchik, Benoît McGinnis, Étienne Pilon, Denis Roy et Rébecca Vachon.

jeudi 16 mars 2017

Sylvie Drapeau incarne Frosine dans l'Avare au TDP




Publié par Esther Hardy le Jeu. 16 mars 2017 à 14h00 - Contenu original


Crédit photos: Gunther Gamper



La scène du Théâtre Denise Pelletier sera témoin des frasques du mythique personnage d'Harpagon, dans la pièce «L'Avare» de Molière, présentée jusqu'au 8 avril. Le très charismatique Jean-François Casabonne assumera le rôle de ce père, un homme qui est radin au point d'en oublier le bonheur de ses enfants.


Nous avons eu le plaisir de rencontrer la talentueuse et magnétique comédienne Sylvie Drapeau qui nous en a parlé et qui, de son côté, incarnera Frosine, l'entremetteuse complice des enfants.







Distribution:
Simon Beaulé-Bulman, Jean-François Casabonne, Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Laetitia Isambert, Jean-Philippe Perras, Bruno Piccolo, François Ruel-Côté, Gabriel Szabo et Cynthia Wu-Maheux.


Assistance à la mise en scène et régie / Alain Roy
Scénographie / Simon Guilbault
Musique / Laurier Rajotte
Costumes / Linda Brunelle
Lumières / Alexandre Pilon-Guay
Maquillages / Florence Cornet
Assistance à la mise en scène / Félix Monette Dubeau
Assistance aux costumes / Virginie Thibodeau Urbain
Accessoires / Julie Measroch
Stagiaire à la production / Maria Carvajal
Conseiller dramaturgique / Jean-Simon Traversy
Direction technique / Victor Lamontagne


Jusqu'au 8 avril au Théâtre Denise Pelletier.

L’exaltante prestation d’Alex Nevsky au Métropolis




Publié par Esther Hardy le Jeu. 16 mars 2017 à 20h51 - Contenu original

Crédit photos: Esther Hardy

Après une dizaine de villes pour présenter son dernier opus El Dorado, l'arrivée d'Alex Nevsky sur la scène du Métropolis a été soulignée par un enthousiasme déchaîné du public. Des fans de tous âges ont accueilli cet attachant auteur-compositeur-interprète pour sa rentrée montréalaise.

La scène du Métropolis a été témoin de sa délicieuse poésie à la fois lyrique et pop, un merveilleux mélange de force et de douceur. Alex Nevsky a vraiment le talent d’adoucir le quotidien avec ses balades « hop la vie » et ses textes profonds, mélancoliques, néanmoins qui semblent toujours légers dans le ton.






Sobrement vêtu de noir avec ses espadrilles qui témoignent de son énergie et lui donne son « spring » sur scène, il s’accompagne au clavier avec un talentueux groupe de musiciens : son fidèle complice Gabriel Gratton (basse et guitare), Jean-Alexandre Beaudry (guitare), Vincent Carré (batterie) et devant lui au clavier, Laurence Lafond-Beaulne (basse et clavier) qui assume avec brio les voix féminines des chansons Mieux vaut vivre pauvre et Le lit des possibles.


Alex nous a interprété l’intégral d’El Dorado et a ensuite offert ses titres à grands succès commerciaux. Au moment d’interpréter, « Hohohoho », le public est devenu sa chorale improvisée sous ses talentueuses indications, d’une précision et d’une douceur étonnante, il s’improvise un adroit prof de chant, « casting » parfait pour ce talentueux artiste amoureux des mélodies et des mots.







Une présence adolescente appréciable, public issu des différentes auditions de la Voix, a manifesté son amour pour cet artiste et coach de « La voix junior ».


La magie agit, il nous transmet sa passion de la musique à travers toutes ses chansons et encore plus, son dynamisme et sa joie de vivre. Le défi est relevé, le public est transporté et touché! On veut se procurer sa musique, si ce n’est déjà fait. Et « la la la » laisser nous accompagner pour la fredonner dans notre quotidien.


Comme une feuille d’automne, il sait se déposer en douceur dans notre jardin intérieur et sait tout autant, éveiller la joie avec la vitalité d’une jeune pousse verdoyante qui émerge avec force à travers la neige au printemps.






Le soin accordé à la création de chacune des paroles de ses textes confirme l’harmonieux résultat. Depuis son premier album en 2010 et les deux autres qui ont suivi, il a roulé sa bosse et amplement prouvé son style très personnel en créant sa signature musicale unique.



Dans son adolescence, ce natif de Granby avait déjà l’amour des mots avec un fort intérêt pour leur rythme poétique qui résulte en cette belle musicalité. Amateur de rap français et de hip-hop, ses goûts musicaux l’ont poussé à créer son langage mélodieux, ses grandes émotions et ses belles images, et plus de contribuer à former l’artiste québécois incontournable qu’il est devenu.






Son talent, sa présence sur scène, ses musiciens avec en prime un très bon jeu d’éclairage ont donné un très bon spectacle. La première partie a été assumée par Laurence Nerbonne suivie de Ria Mae, d’excellentes artistes qui ont fait vibrer la scène du Métropolis et agréablement mis la table pour cette belle soirée.


Si vous n’avez pas eu la chance d’assister à une de ses prestations, Alex Nevsky continue sa tournée au Québec…

mardi 7 mars 2017

Une folle d'art à la Nuit Blanche



Publié par Esther Hardy le Mar. 7 mars 2017 à 18h30 - Contenu original

Crédit photos: Esther Hardy

Habituée de cette belle nuit blanche, c’est avec un agenda plein à craquer que mon chum et moi sommes partis direction Quartier des Spectacles. Nos préparatifs étaient simples, d’abord regarder l’horaire des activités et sélectionner celles qui nous plaisaient le mieux dans le même quartier. Prévoyant la cohue, nous avons judicieusement créé notre agenda en double, sélectionnant deux activités aux mêmes heures, dans l’éventualité où la popularité de notre premier choix nous empêcherait d’y entrer.






Première escale : Trio Fibonacci à la Salle Bourgie du Musée des Beaux-arts. Dans une ambiance cérémonielle et sacrée de cette magnifique salle, avec comme ajout au décor un violoncelle, un violon et un piano à queue, nous avons d'abord été bercés puis éveillés par leurs notes dynamiques et douces à la fois. Moment paisible signé par de talentueux et combien élégants musiciens : Michel Alexandre (piano), Julie-Anne Derome (violon) et Gabriel Prynn (violoncelle). Le lieu est mythique et les musiciens excellents!





Deuxième escale : Musée des Beaux-arts, l’exposition Chagall…C’était à prévoir, sa popularité nous fait bifurquer vers d’autres activités concoctées par le musée. Dans une salle adjacente au même étage : un atelier de mosaïque. Vous connaissez la mosaïque? Cet art magnifique qu’on admire dans les maisons, les châteaux et les terrasses des pays nord-africains. Faite entre autres de verre et de céramique, la mosaïque se fabrique sur plusieurs types de support. Nous avons appris comment tailler les pièces et les nombreux agencements possibles sur bois pour décorer les murs, les tables, faire des tableaux, etc... Une belle découverte!!!






Troisième escale : Au même étage du Musée des Beaux-arts : orchestre de musique « jazzée » sur fond d’atelier de vitrail. Wow! Une superbe activité. Nous avons appris comment créer de simples vitraux, en dessinant des formes sur des pellicules plastiques transparentes à l’aide de crayons-feutres, et ensuite en les encadrant tout simplement d’un ruban gommé coloré. Voyez les magnifiques résultats des participants.





Quatrième escale : La chasse au restaurant lors d'une marche rapide en direction de la Place des Festivals… Malheureusement aucun resto ouvert qui peut nous accueillir, tout est plein. Nous trouvons finalement une place pour casser la croûte entre deux courants d’air dans un fast food. Et quelques minutes plus tard, c’est à la fois avec déception et joie que nous découvrons les restaurants du Complexe Desjardins judicieusement gardés ouverts pour cette belle nuit. À retenir!!!



Cinquième escale : Slam au Gesù, nous nous présentons donc au sous-sol à la salle de spectacle, et nous somme redirigés dans le lieu de culte à l’étage du haut. C’est dans une grande bouffée d’encens d’église que nous sommes accueillis par une musique d’ambiance festive au cœur de ce temple revêtu d’un jeu d’éclairage exceptionnel et de projections d’images. Entourés des icônes et images religieuses, les slamers font leur numéro en solo dans une ambiance à la fois sereine et gotique, certains édifiants et drôles, d’autres plus dramatiques… Le lieu de culte créée une ambiance qui se prête plus ou moins à ce type de spectacle… Néanmoins, nous apprécions les paroles des talentueux auteurs-interprètes…



Sixième escale : Le Complexe Desjardins accueille les nombreux amateurs de cidres dans une ambiance festive sur la grande place. Les nocturnes se délectent au bar improvisé par de multiples producteurs de cet élixir, accompagnés d’un fond musical. L’activité est gratuite depuis 21h00. On en profite, question de bien se réchauffer avant de poursuivre nos découvertes artistiques ! La jungle est décontractée, ça jase à bâton rompu.






Septième escale : Salle du Musée d’Art contemporain pour la nuit de la poésie. Très bien organisé par Radio-Canada, avec de nombreux comédiens, auteurs, poètes, slammers, etc. Proses engagées, poésie grivoise, parole d’éveil, tout est délicieux à nos oreilles! C’est définitivement notre activité de choix… C'est sous les paroles de Claude Gauvreau, Geneviève Desrosiers, Inès Talbi, Simon Boulerice, le chant des Colocs, la folie de notre Raoul Duguay national et de bien d’autres encore que nous terminons cette belle nuit de découvertes artistiques… L’art plein la tête et le cœur rempli de mille nuances de beautés…





À l’an prochain!!

Le retour de Don Juan


Marie-France Lambert , Danielle Proulx,  Évelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré
Crédit photos: Nicolas Descoteaux


Publié par Esther Hardy le Mar. 7 mars 2017 à 4h30 - Contenu original


Le Théâtre Prospéro accueille sur ses planches le séducteur le plus célèbre de l’occident jusqu’au 25 mars. La pièce « Don Juan revient de guerre » de l’auteur croate Ödön Von Horvath et mise en scène par Florent Siaud, nous offre une fenêtre sur la période suivant la Première Guerre mondiale. Entouré d’une belle brochette de comédiennes : Danielle Proulx, Évelyne de la Chenelière, Évelyne Rompré, Kim Despatis, Marie-France Lambert et Mylène St-Sauveur, le grand tombeur Don Juan revit par le talent de Maxim Gaudette dans une Allemagne bouleversée.


Florent Siaud, jeune metteur en scène des vieux pays, nous a concocté une mise en scène marquée par le symbolisme… Les amateurs de peintures seront d’autant plus choyés et reconnaîtront certaines œuvres expressionnistes dans les mimiques et les postures physiques des personnages. Ils seront touchés par l’évocation de la célèbre peinture « Le Cri » d’Edvard Munch.




Maxim Gaudette, Évelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré


Situé, entre la guerre 14-18 et celle de 39-45, la pièce « Don Juan revient de guerre » nous plonge dans cette période où l’Allemagne se remet tranquillement de ses blessures et est partagée entre le désir des plaisirs faciles, avec celui d’éviter de souffrir en pansant ses blessures.


C’est d’abord un Don Juan brisé, marqué par la guerre et par ses erreurs de jeunesse qui revient du combat. Suivant son premier règne, l’auteur évoque ses déboires et aventures sur une gent féminine qui résiste d’abord à tomber sous son charme et se laisse ensuite entraîner dans les recoins de sa propre noirceur, espérant être séduite dans l’ombre de ce tombeur toujours aussi magnétique.




Marie-France Lambert et Maxim Gaudette


J’ai été fascinée par la puissance d’évocation des souffrances qui tel un grand cri de douleur jamais exprimé, se manifeste néanmoins avec puissance. Toute la pièce est une grande fresque, peinte sous l’adroite et précise main du metteur en scène qui sait exactement comment façonner son art en utilisant tous les symboles adéquats. La richesse de ses images est surprenante, impressionnante même. Le talentueux Florent Siaud modèle chacune de ses scènes avec une adresse qui déborde de puissantes impressions.


Le thème des souffrances des femmes victimes collatérales de guerre est omniprésent sur la scène québécoise des théâtres de la saison actuelle. Si vous vous souvenez, à l’automne dernier, la pièce « Une femme à Berlin » a été présentée à l’Espace Go, elle était également jouée par Évelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré. De plus, dans le cadre de Montréal en Lumière, la pièce « La femme comme champ de bataille » a été présentée au MAI (Montreal, Arts interculturels). Cette dernière pièce traite directement des conséquences dévastatrices de la guerre chez les femmes.




Mylène St-Sauveur et Maxim Gaudette


Dans les dernières décennies, les victimes masculines des guerres ont souvent été évoquées au cinéma. Néanmoins, on entend beaucoup moins parler de femmes, de ces victimes faciles sacrifiées des peuples défaits. Cette prise de conscience sociale est un changement de culture de bon aloi qui nous éveille et nous ébranle. Il va de soi que les femmes victimes de guerre violées à répétitions doivent faire preuve d’une extraordinaire résilience pour réussir à survivre.


« Don Juan revient de la guerre » est à l’affiche du Théâtre Prospéro jusqu’au 25 mars.