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vendredi 31 mai 2019

FTA - CUCKOO - la cuisson des Sud-Coréens




Texte original d'Esther Hardy
Crédits photos: Radovan Dranga 


Exilé de sa patrie sud-coréenne, Jaha Koo prend le recul nécessaire pour mieux comprendre les enjeux qui ont provoqué une dégradation extrême de la qualité de vie de ses compatriotes telle qu’elle est devenue aujourd’hui. Présentée du 30 mai au 2 juin à la Cinquième salle de la Place des Arts dans le cadre du FTA, Cuckoo exprime sa vision en un résumé créatif, intime et à la fois doux et amère de ce qui est advenu de sa patrie.


« Mon père me demande souvent si j'ai bien mangé. C'est sa façon de dire bonjour en coréen. Souvenirs d'un temps où on ne mangeait pas à notre faim. » 






Créateur original, Jaha Koo utilise sa relation avec son appareil favori, un cuiseur à riz de la populaire marque Cuckoo, pour illustrer ses blessures, ses attachements et nous raconter la vie et les mœurs sud-coréennes. Par le biais du théâtre documentaire, nous découvrons à nouveau le regard qu’un citoyen pose sur sa patrie qui jusque-là nous était étrangère! Cuckoo est en ce sens un excellent médium pour mettre la loupe sur les problèmes sociaux découlant des décisions politiques, de l’entente avec le FMI (Fonds monétaire international) et de l’ingérence des États-Unis dans la politique interne de la Corée du Sud.


« Comment peux-tu être heureux dans le monde actuel? » 


Pimentant avec humour son propos à l’aide des trois cuiseurs à riz qu’il nomme : Cuckoo, Séri et Hana, et qui symbolisent la réussite industrielle de la Corée, Jaha les utilise comme réplique de jeu au point qu’ils deviennent des complices aussi présents et réconfortants dans sa vie quotidienne que le serait la présence d’une intelligence artificielle. Terriblement amusants, ces appareils pratiques et ludiques se permettent d’exprimer leur opinion et ne ratent jamais une occasion de se chamailler, de s’engueuler et même de chanter : 




« Moi, je peux parler aussi! Et j’ai même des lumières Dell en couleur. » Séri 

« Qu'est-ce qui dit qu'un cuiseur à riz est destiné à cuire du riz toute sa vie?! » Séri 
« Fuck you! » Cuckoo


Jaha Koo fait un parallèle entre les étapes de cuissons du riz (l’eau bouille de plus en plus, le riz commence à cuire, puis devient moelleux) et la pression que subissent les Coréens poussés par le changement capitaliste à atteindre des niveaux de performances inhumains. Les conséquences désastreuses sont nombreuses : un stress constant, le deuxième taux de suicide le plus élevé au monde, au point que beaucoup de Sud-Coréens finissent par décider de quitter leur patrie pour s’établir ailleurs afin d’avoir une meilleure qualité de vie, et ce, malgré le sentiment d’isolement. Néanmoins, comme le mode de vie et les traditions sont extrêmement différents de leur pays, ils vivent de grandes difficultés d’adaptation et se sentent rapidement perdus entre les codes de vie coréenne et européenne. 

 



« Mon cœur se meurt! » 


À dix-neuf ans, Jaha Koo quitte la Corée du Sud pour vivre aux Pays-Bas et poursuivre ses études en théâtre jusqu’à la maîtrise. Il a vécu toutes ces difficultés et au final, il se sent seul et isolé!


Parlant de son ami qui s’est suicidé : 
« Pendant des années j'ai essayé de trouver une signification å la mort de Jerry. » 





Vivant à Amsterdam et Bruxelles, Jaha se considère plutôt un créateur qu’un acteur ou un metteur en scène. Il imagine des spectacles illustrant son histoire intime, celle de la jeunesse sud-coréenne, des enjeux sociaux et politiques de son pays. Cuckoo s’inscrit à l’intérieur d’une trilogie dont il est le 2e volet. Le premier, Lolling and Rolling présenté en 2015 ouvrait son admonestation contre l’américanisation de son pays, il traitait entre autres des défis que vivent les coréens pour apprendre l’anglais. La dernière partie de cette trilogie sera présentée en 2020.


« Quand on est heureux, on a le temps de penser aux autres. » 





Nous sortons enrichis de ce spectacle, touchés de connaître la réalité des Sud-Coréens et de ce qu’ils ont à combattre pour maintenir un minimum de qualité de vie acceptable. Dorénavant conscients de leur défis quotidiens et de leur combats pour produire leurs denrées, nous portons un regard plus humains, ne serait-ce que sur les voitures sud-coréennes qui n’auront plus la même valeur à nos yeux.
 

Présenté à la 5e Salle de la Place des  Arts jusqu'au 2 juin.


Un spectacle de Kunstenwerkplaats Pianofabriek
Production déléguée CAMPO
Conception, mise en scène, texte, musique et vidéo Jaha Koo
Interprétation Hana + Duri + Seri + Jaha Koo
Programmation des Cuckoos Idella Craddock
Scénographie et régie Eunkyung Jeong
Conseil dramaturgique Dries Douibi

Production déléguée CAMPO (Gand)
Coproduction Bâtard Festival (Bruxelles)
Avec le soutien de CAMPO (Gand) + STUK (Louvain) + BUDA (Courtrai) + DAS (Amsterdam) + Seoul Foundation for Arts and Culture + Noorderzon – Grand Theatre Groningen + Vlaamse Gemeenschapscommissie (Bruxelles)

Présentation en collaboration avec Place des Arts + Centre Phi



mercredi 29 mai 2019

FTA - Granma. Trombones de La Havane



Milagro Alvarez Leliebre, Daniel Cruces-Pérez, Christian Paneque Moreda et Diana Sainz Mena



Texte original d’Esther Hardy
Crédits photos: courtoisie FTA


Les petits-enfants des compagnons de Fidel Castro prennent la parole pour traduire leur héritage en spectacle, c’est par ce désir de passation que Granma. Trombones de La Havane a vu le jour. Ce manifeste transposé en théâtre documentaire est présenté au Monument national du 28 au 30 mai dans le cadre du FTA (Festival Trans Amérique). Une rencontre avec les artisans suivra la représentation de la première le mardi 28 mai.


De l’eau est passée sous les ponts depuis la révolution cubaine, d’abord la mort de Fidel Castro, la venue d’Obama et toute la trame de la vie sociale et politique ont changé pour les Cubains. Jusqu’à tout récemment, les Rolling Stone étaient interdits sur le sol cubain, alors leur venue en mars 2016 devant 500 000 personnes réunies à La Havane témoigne de cet incroyable changement!





Les artisans de la révolution maintenant devenus octogénaires, leurs petits-enfants rêvent à leur tour de créer une utopie aussi passionnante que celle que leurs aînés ont tenté de réaliser. C’est sur scène qu’ils ont choisi de vivre leur fantasme en incarnant leurs propres grands-parents pour revivre ces moments enflammant chargés d’une grande espérance!




Stefan Kaegi 


Stefan Kaegi du collectif Berlinois Rimini Protokoll sentant que Cuba est à un moment charnière de son évolution a voulu le magnifier en créant ce spectacle avec les héritiers des protagonistes de la révolution cubaine. Lola Arias l’a invité à donner un atelier dans le Centre de recherche cubain «Residencia documenta sur – Laboratorio Escénico de Experimentacion social» de La Havane et lui a demandé de trouver un sujet de recherche. Habitué à venir à Cuba, il songeait depuis longtemps aux impacts de la révolution, alors le sujet s’est imposé. Ensuite, le travail de recherche sur l’histoire s’est amorcé pour trouver les protagonistes de la Révolution, étudier leur histoire, faire les liens avec les petits enfants, etc. Cinquante entrevues plus tard et avec le travail de jeunes artistes cubains, le choix des quatre jeunes comédiens qui racontent l’histoire s’est fait et les répétitions ont débuté.



« La parole n’est pas faite pour couvrir la vérité, mais pour la dire! »




Milagro Alvarez Leliebre


Sur une scène dénudée où seul, une vieille machine à coudre manuelle et un gros lutrin trônent en guise de scénographie, Milagro Alvarez Leliebre vient nous raconter la vie de sa grand-mère qui a agi dans l’ombre et a entre autres gagnée son pain en cousant des vêtements pour les soldats. Ce sera ensuite Daniel Cruces-Pérez qui nous fera le récit des aventures de son grand-père et ses interventions au sein du nouveau gouvernement pour aplanir les différences sociales entre classes riches et pauvres suivant la révolution.



« Deux millions de Cubains vivent à l’étranger. »




Christian Paneque Moreda



Puis Christian Paneque Moreda, petit fils d’un homme aussi très engagé dans la révolution, nous raconte son admiration pour son aîné qui a entre autres distribué un journal anti-Batista (Chef du régime antidémocratique cubain).



Avec eux, nous apprenons comment se sont fomentés les préparatifs qui ont mené à la révolution cubaine avec Fidel Castro et Che Guevara, le récit du débarquement de la Baie des Cochons, la formation des soldats en Russie, etc..


« Construit aux États-Unis, le Granma était le nom d’un yacht qui a transporté les révolutionnaires afin qu'ils puissent accoster à un endroit stratégique de Cuba. »



Diana Sainz Mena



Puis Diana Sainz Mena, nous raconte comment son grand-père musicien a accompagné les soldats partout dans le monde durant plusieurs décennies pour rehausser leur moral. Et avec ses trois compères, ils nous jouent des airs de trombones, instrument important pour eux!



Naturellement, le spectacle est en espagnol avec surtitre français et anglais. Par contre, Daniel qui travaille pour une firme d’informatique canadienne dans son pays, nous parle de temps à autre en anglais. Des projections vidéo avec des extraits récents et du passé de leurs grands-parents, des films et des photos agrémentent leurs récits et nous présentent une vision vivante de ces protagonistes de la révolution cubaine.



Milagro Alvarez Leliebre



Dès les premières minutes, nous sommes touchés par l’ouverture, la convivialité des Cubains et le désir de visiter leur pays pour en savoir encore plus sur la transformation majeure qu’ils ont vécu et leurs aspirations toujours vives d’avancer dans une société de plus en plus égalitaire attise notre intérêt qui ne fera que croître jusqu’à la fin. Nos jeunes comédiens cubains sont d'excellents ambassadeurs de leur pays!

En résumé, un Berlinois est allé à la rencontre de Cubains pour créer un manifeste culturel patriotique et produit le spectacle en collaboration avec des compagnies suisse, italienne, grecque, allemande, québécoise et cubaine! On doit admettre que le mélange des cultures est ici fort constructif et extrêmement fécond!

Merci au FTA!!!


Un spectacle de Rimini Protokoll + Théâtre Maxim Gorki
Conception et mise en scène Stefan Kaegi
Interprétation Milagro Alvarez Leliebre + Daniel Cruces-Pérez + Diana Osumy Sainz + Christian Paneque Moreda
Dramaturgie Aljoscha Begrich + Yohayna Hernández
Scénographie Aljoscha BegrichVidéo Mikko Gaestel
Musique Ari Benjamin-Meyers
Recherche Residencia Documenta Sur – Laboratorio Escénico de Experimentación Social (La Havane)
Recherche et entrevues (Cuba) Taimi Diéguez Mallo + Karina Pino Gallardo + Maité Hernández-Lorenzo + José Ramón Hernández Suárez + Ricardo Sarmiento Ramírez
Assistance à la scénographie Julia CasabonaCollaboration Vidéo Marta María Borras
Coordination de production Maitén Arns


Coproduction Festival TransAmériques + Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modène) + Kaserne Basel (Bâle) + Onassis Cultural Centre (Athènes) + Staatsschauspiel Dresden (Dresde) + Théâtre Vidy-Lausanne + LuganoInscena-LAC (Lugano) + Zürcher Theaterspektakel (Zurich) Avec le soutien de German Federal Cultural Foundation + Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture + Swiss Arts Council + Senate Department for Culture and Europe + Goethe-Institut Havana


Présentation en collaboration avec Monument-National + Carrefour international de théâtre (Québec) 
Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture + Goethe-Institut Montréal + Ministère fédéral des Affaires étrangères d’Allemagne

vendredi 24 mai 2019

FTA - Quasi Niente - regard bienveillant sur la mélancolie!




Texte original d'Esther Hardy
Crédits images:  FTA



Comme premier spectacle au FTA (Festival Trans Amériques) cette année, nous assistons à Quasi Niente (Presque rien), interprétée par des comédiens italiens avec une délicatesse surprenante pour parler de l’incapacité à être à la hauteur de la vie. Présentée les 23-24 et 25 mai sur la scène de l’Usine C, librement inspirée du film Le désert rouge de Michelangelo Antonioni, un spectacle de Daria Deflorian et de Antonio Tagliarini habitués du FTA, en coproduction européenne, interprétée par les créateurs et les comédiens Francesca Cuttica, Monica Piseddu et Benno Steinegger.


Sur la large scène de l’Usine C, avec pour seul élément scénique deux commodes, un fauteuil et deux chaises désorganisés et placés de façon aléatoire, un comédien se tient en fond de scène derrière un rideau de projections, bien accoté au mur et regarde stoïquement le public prendre place sur leur siège. En avant-scène, une petite boîte de son diffuse une musique « d’ascenseur » pour accompagner ce rituel pour le moins inusité.




"C'est déjà une épreuve de force de dire: je n'y arrive pas."


Étonnamment à 20 h sans que les lumières se tamisent et donnent le départ du spectacle, le public baisse le ton. Cinq autres comédiens se placent tout autour du premier. Une comédienne s’avance et s’adresse au public en italien avec surtitre français et anglais projetés sur le rideau. Ainsi s’amorce une série de monologues de tous les comédiens qui se relayeront à tour de rôle, partageant avec nous leur discours intérieur, leurs pensées intimes, leur découragement et leur amusement.


"Je passe mon temps à m'auto interrompre!  Un vrai flipper!"


Nous aurons droit à de bienveillantes confidences sur leurs pensées intimes, sur un ton simple, accessible avec humour et finesse. Utilisant des comparaisons cocasses, leur ton me rappelle celui des humoristes lorsqu’ils nous parlent des choses simples du quotidien, mais ici c’est avec un niveau de raffinement et de qualité tout autre qui nous rappelle le bel art italien!




"Donner aux autres ce qu'on n'a pas, marcher en regardant autour de soi!"


Avec une grande humanité, faisant un parallèle entre les « spleens » respectifs de cinq personnes d’âges différents qui ont justement cet état d’âme mi découragé mi-exaspéré en commun. Incapables de sortir de leur propre barrière, ils tenteront sans trop de réussite à communiquer et à exprimer leur mal d’être. S’en suivront des difficultés qu’ils finiront par dépasser avec un humour qui leur permettra de s’ouvrir partiellement les uns aux autres… 


"Puisqu'il n'y a pas de futur, nous n'avons rien à perdre.  Je me moque des grands espaces.  Je cherche des espaces existentiels.  Pour de nouveau imaginer comment être normal."






À dire vrai, je ne me suis jamais autant amusé à écouter des personnes se confier sur leurs états d’âme en bataille, y trouver du charme et un brin d’amusement. Le ton sur lequel ils construisent leur propos est si charmant que nous sommes quasi subjugués, accrochés à leurs lèvres.




"J'ai l'impression de ne pouvoir vibrer que dans l'obscurité. 
Le soleil a trop de lumière pour des ombres comme nous!" 
"Qu'est-ce que je me raconte!"







Le plaisir du FTA est justement de pouvoir découvrir des productions théâtrales jouées dans des techniques issues d’écoles avec leurs codes différents des nôtres.

Une école en soi!

Ce festival nous ouvre des fenêtres sur le monde artistique international qui sont toujours très riches et inspirantes!   On se sent en voyage…


Une belle aventure artistique…



CRÉDITS

Un spectacle de Daria Deflorian + Antonio Tagliarini
Librement inspiré du film Le désert rouge de Michelangelo Antonioni
interprétation Francesca Cuttica + Daria Deflorian + Monica Piseddu + Benno Steinegger + Antonio Tagliarini
Collaboration à la dramaturgie et assistance à la mise en scène Francesco Alberici
Collaboration au projet Francesca Cuttica + Monica Piseddu + Benno Steinegger
Conseil artistique Attilio Scarpellini
Lumières et espace Gianni Staropoli
Son Leonardo Cabiddu
Musique live WoW (Leonardo Cabiddu + Francesca Cuttica)
Costumes Metella Raboni
Traduction et surtitrage en français Federica Martucci
Direction technique Giulia Pastore
Organisation Anna Damiani
Accompagnement et diffusion internationale Francesca Corona + Giulia Galzigni – L’Officina

Production A.D. (Rome) + Teatro di Roma – Teatro Nazionale (Rome) + Teatro Metastasio di Prato + Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modène)

Coproduction Théâtre Garonne – Scène européenne (Toulouse) + Romaeuropa Festival (Rome) + Festival d’Automne à Paris + Théâtre de la Bastille (Paris) + LuganoInScena – LAC (Lugano) + Théâtre de Grütli (Genève) + La Filature, Scène nationale (Mulhouse)
Avec le soutien de Institut Culturel Italien de Paris + Arboreto – Teatro Dimora de Mondaino (Modène) + Fit Festival (Lugano)

Présentation Hôtel Monville en collaboration avec Usine C + Festival du nouveau cinéma

Rédaction Diane Jean
Traduction Neil Kroetsch

Création au Lugano Arte e Cultura, le 2 octobre 2018

dimanche 3 juin 2018

FTA – Nos ghettos – Aussi lucide que vibrant !



Jean François Nadeau et  Stéphan Boucher


Crédits photos: Patrice Lamoureux

Texte original d'Esther Hardy  


Trouver du pain, du fromage et de la soupe aux pois n'est certes pas difficile, vous me direz! À moins de vivre au Nunavut et encore…  Et pourtant, Jean-François Nadeau se lance dans cette rocambolesque aventure dans son quartier: Rosemont!!  C’est ce qu’on découvre au FTA dans Nos ghettos à La Salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 6 juin. 


J-François Nadeau, auteur et interprète de ce texte, nous raconte sa poésie du quotidien avec ses nombreuses péripéties et frustrations à vivre dans une société qui s'isole en voulant se rapprocher. Alors, ses besoins qui auparavant étaient simples à remplir se confrontent maintenant à de multiples peurs, les siennes et celle des inconnues, et ce, à quelques pas de sa résidence. Produit par La tourbière, Nos ghettos évoque une matinée où une simple promenade à la quête de denrée très commune, s'avère impossible dans un quartier devenu étonnement cosmopolite qui s’est structuré en ghettos ethniques.



Jean François Nadeau


« Comment vivre ensemble quand la rencontre est impossible. »


« Depuis la naissance de mes filles, je vis dans un monde de cheveux! »


Dès notre arrivée, la scénographie nous surprend, la scène est à moitié occupée par une énorme console technique avec deux-trois télévisions, un technicien et des instruments de musique....et l’autre moitié semble en construction. Puis, deux hommes sortent du sol, s’habillent et commencent à nous décrire leur univers.  On comprend alors que la désorganisation apparente sur les planches est le miroir de celle qui bouleverse la vie de notre protagoniste…


« Je suis regret debout et colère assise. »



Jean François Nadeau et Stéphan Boucher


Accompagné par son talentueux compagnon, Stéphan Boucher qui assume tous les personnages secondaires aussi féminins et variés soit-il, JF Nadeau affronte ses propres préjugés, et se butte tout autant à ceux des gens qu’ils croisent en tentant de les connaître un peu plus...


« On a nommé les nationalités,
ne pas le faire serait ne pas admettre la présence de licornes dans un ranch! »

"Je me suis mis au monde dans ma propre lâcheté"
disait-il en entrevue.


D’une grande originalité et d’une sensibilité remarquable, Nos ghettos nous ont d’abord beaucoup amusés, puis pendu aux lèvres de notre protagoniste et de ses multiples obstacles, nous avons été très émus par ses réactions au dénouement de l’histoire.


"Cette matinée est un éditorial de femme espionné par des hommes".




Stéphan Boucher et Jean François Nadeau 



Un beau texte de gars mis en scène avec une créativité débordante! Hétéroclite à souhait! D’un ton mi- humour, mi- bonhomie et tout cela, sur fond de multiculturalisme pratiquement impossible à réaliser. 


Cette pièce profondément humaine est agrémentée de chansons directement inspirées et adaptées au texte, qui font guise de transition, accompagnée à la guitare sèche ou électrique, de batterie et de trompette… Des projections directement sur le mur ou à l'écran, des marionnettes, une trappe au sol… rien n’est à l’épreuve de ces deux saltimbanques singuliers pour faire passer leur message avec une douceur de digestion qui rend le tout convivial, ludique et immensément humain!


Franchement, très bon!!
Le public est subjugué par la finesse de ce texte percutant et par la talentueuse complicité de ses interprètes!!!



Au FTA jusqu’au 6 juin.




Jean-François Nadeau et Stéphan Boucher


CRÉDITS

Un spectacle de La Tourbière
Texte J-F Nadeau
Mise en scène Stéfan Boucher + J-F Nadeau
Interprétation J-F Nadeau + Stéfan Boucher + Olivier Landry-Gagnon
Musique flone : Stéfan Boucher + Olivier Landry-Gagnon
Voix Gisèle Kayembe
Décor Jonas V. Bouchard
Costumes et accessoires Elen Ewing
Lumières et régie Jeanne Fortin-L.
Vidéo Geneviève Albert
Regard extérieur Madeleine Péloquin
Conseils Jean-Philippe Pleau + Marie-Sophie Banville
Direction technique Martin Mantha
Direction de production Rachel Gamache
Parole Marie-Eve Pelletier

Coproduction Festival TransAmériques
Présentation en collaboration avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

samedi 2 juin 2018

FTA - Autour du Lactume - Dessins dans la langue de Ducharme



Crédits photos: Vivien Gaumond


Texte original d'Esther Hardy


Dans le cadre du FTA, le metteur en scène Martin Faucher s’est offert un beau présent en plongeant dans l’œuvre picturale de Réjean Ducharme.  Autour du Lactume est un cadeau qu’il nous partage, nous permettant de connaître une autre facette des réflexions abyssales de cet auteur québécois irrévérencieux et délicieux, Réjean Ducharme (1941-2017).  Narrée et incarnée par la talentueuse Markita Boies, les dessins de l’auteur, publiés depuis son décès, nous révèlent un aspect tout aussi prolifique du dramaturge québécois.


« Ils s’aiment. Il lave la voiture, elle lave le bébé. »


Une porte s’ouvre, une femme entre et nous fixe du regard…quelques notes d’effet dramatique provocateur sans malice et déjà nous sommes plongés dans cet univers tout en clin d’œil de Réjean Ducharme. Markita Boies nous parle, telle une enseignante en écriture le ferait…puis la fête commence.  Elle s’installe à sa table de travail et nous présente les fameux dessins de Réjean Ducharme dans une ambiance de match d’improvisation où de surprise en surprise, la qualité de la performance et son intelligence sont dans la mire de tire.




« Un miroir, c’est une petite patinoire ! »


Ce n’est pas ici la qualité des dessins qui nous interpelle, mais bien le regard que l’auteur avait lui-même sur ses œuvres. D’entrée de jeu, on découvre sa vision puisqu’au moment où il présente le fruit de son travail à un éditeur, il en parle en ces termes :


« Veuillez ne pas trouver insolent que je vous soumette ces dessins. Je ne sais pas plus dessiner qu’écrire. Seulement est-ce qu’il ne suffit pas d’être de la race humaine pour prétendre parler aux êtres humains? »

« Si vous ne voulez pas publier, donnez mes dessins à une jolie femme de ma part. »





Des paroles qui décrivent bien le personnage. Et la danse commence… Chaque dessin est accompagné de commentaires, des impressions qui révèlent déjà à 23 ans, un esprit taquin et une pensée incisive. Il se moque de lui-même et de tout ce qui lui passe par la tête à grande pelletée. En fait, les commentaires de chaque dessin sont définitivement plus palpitants que l’image qui devient un prétexte à la rencontre!


« Victoire Hugo, qui est-ce?  Un misérable? »


Souvent drôles, parfois irrévérencieux et songés, ses légendes et commentaires sont toujours marqués par son intelligence, son espièglerie et ses inspirations! En fait, son regard sur son œuvre est passionnant, coloré et immensément plus révélateur que le travail lui-même.  Ses paroles sont d’un charme insidieux qui secoue en séduisant! L’ironie et les délicieux sarcasmes sont au rendez-vous! Son ton caustique nous fait craquer et donne tout l’intérêt aux dessins!   





« L’arbre ne cherche rien, car il n’a besoin de rien, de rien d’autre que ce qu’il est…
L’homme est incomplet. »






Markita Boies est déchaînée!  Alternant entre un niveau de langage recherché et un franc parlé joual, son talent de lectrice, sa liberté de jeu et sa capacité à déployer un pouvoir d’intention incisif, autant qu’une pensée intelligente sont mis à profit et bien exploités par le créateur de ce spectacle, Martin Faucher. Ces nombreux commentaires nous indiquent avec limpidité la vision de l’auteur. La mise en scène y est pour beaucoup! On saisit tout de suite que Martin a bien cerné le cœur de Réjean Ducharme et avec Markita, il a l’interprète tout désignée  pour mettre en scène sa vision dramaturgique.  Vision à laquelle on adhère totalement.


« …il tutoie ma mère patrie! »






Tandis que le TNM s’apprête à faire une annonce monstre sur l’héritage de l’œuvre de Réjean Ducharme, Martin Faucher nous peaufinait un délice d’incursion dans l’univers si dynamique de cet auteur aussi fantaisiste que songé! 


À voir au Théâtre Lachapelle Scènes Contemporaines jusqu’au 4 juin.





CRÉDITS

Un spectacle original des éditions du passage
Production déléguée: Jamais Lu
Dessins et légendes:  Réjean Ducharme
Conception, collage et mise en scène: Martin Faucher
Textes Réjean Ducharme + Pierre Corneille + Lautréamont + Émile Nelligan + Arthur Rimbaud
Interprétation: Markita Boies
Lumières, assistance à la mise en scène et régie: Samuel Patenaude
Vidéo: Sandrick Mathurin

Présentation en collaboration avec La Chapelle Scènes Contemporaines + Festival international de la littérature

mercredi 30 mai 2018

FTA - Non Finito - Guérison!



Crédits photos: Jonathan Lorange
Texte original d'Esther Hardy


Dans le cadre du FTA, Système Kangourou présente Non Finito au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 2 juin. Non finito  pousse à l’extrême l’art constructif d’utiliser ses désirs inachevés et les blessures qui en découlent pour aider d’autres personnes, tout en bouclant la boucle avec ses propres démons.


Anne-Marie Guilmaine, créatrice du projet, nous surprend avec ce sujet très inusité pour la scène. Traité comme du théâtre documentaire, l’interprète Claudine Robillard qui sera aussi la narratrice de la pièce, débute par des projections d’images de souvenirs où elle relate de multiples œuvres inachevées et leurs espoirs de réussite. Autant d’avortements où poussée par ses désirs, elle entame sans jamais terminer ses rêve. Voyant alors sa vie comme une longue suite de défaites où jamais elle n'arrive à atteindre l'objet de ses désirs…


 Claudine Robillard



Durant l'évocation de ces innombrables défaites, elle prend le temps de bien nous raconter d’où elle vient, avant de faire le bilan de ses capacités avec une grande humilité et une grande humanité…

Blessée par ces innombrables avortements qui au départ lui tenaient profondément à cœur, cette comédienne entrepreneuse a choisi la résilience. Puis, elle a trouvé une façon de sublimer ses défaites en s’enrichissant des partages d’expériences similaires avec d’autres personnes...des gens comme elle, comme nous tous, qui ont des rêves dans des domaines variés. Chacun nourrit d'espoir jusqu’au déploiement de ses rêves ou dans l’attente d’un coup de pouce de la vie, espère sans jamais trouver le moyen d'atteindre ses objectifs…



 Abolfazl Habibi, Niloufar Khalooesmaeili et Claudine Robillard




« On vit toujours dans le non fini, sinon c’est la mort! » 


Le rythme de ce spectacle est étonnant… Habitué aux mises en scène serrées, ici on est complètement dans une autre dimension. Le poids de chaque mot faisant une grande résonance, on prend bien le temps de les prononcer avec lenteur, avec des silences parfois lourds de sens, mais qui sont toujours motivés. Pour accepter totalement le processus en cours, on laisse le sens de chaque parole provoquer un écho chez le public, car le but recherché dans cette résonance est l’ultime processus sacré de l’acceptation.

Par l’accumulation de ces frustrations, Non finito incite une prise de conscience et un questionnement sain de ce qui est nécessaire pour arriver au bout d’un projet… Du courage? Un désir puissant? L’inspiration? Une intention de béton?...Ou simplement une grande capacité d’adaptation aux écueils sur la route…



 Claudine Robillard


Dans ce spectacle très intrusif, on comprend la vision de l’auteur Anne-Marie Guilmaine face à la résilience et on découvre sa passion pour la complexité de l’être humain dans un quotidien qui n’est pas nécessairement jonché de fleurs et de délices; mais où avec un peu de volonté, on peut arriver à l’adoucir par le partage du fardeau…



Anne Marie Guilmaine et  Claudine Robillard
Crédits: Alexandre Perron
  

Étonnement, en tant que public, on se surprend à désirer aider les protagonistes à se dépasser pour qu’enfin ils obtiennent l’objet de leur désir. Car, on partage tous cette soif passionnée d’atteindre nos rêves…et tout paraît tellement plus simple quand on est à l’extérieur…



Crédits

Un spectacle de Système Kangourou

Idéation et direction artistique Anne-Marie Guilmaine + Claudine Robillard

Interprétation Evangelos Desborough + Abolfazl Habibi + Niloufar Khalooesmaeili + Jonathan Morier + Claudine Robillard + Richard Touchette

Texte Collectif

Mise en scène Anne-Marie Guilmaine

Accompagnement dramaturgique Mélanie Dumont

Scénographie Julie Vallée-Léger

Éclairages Marie-Aube St-Amant-Duplessis

Conception sonore Thomas Sinou

Création avec le soutien de Théâtre Aux Écuries + Maison de la culture Côte-des-Neiges + Maison de la culture Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension + Maison de la culture Frontenac + Centre Turbine Création au Théâtre Aux Écuries, Montréal, le 18 avril 2017

vendredi 25 mai 2018

FTA - Kings of War - Une épopée colossale!




 Texte original d'Esther Hardy


Dans le cadre du Festival Trans Amérique, les productions Toneelgroep Amsterdam présente la trilogie shakespearienne Kings of War du metteur en scène belge Ivo van Hove. Ce grandiose marathon théâtral de quatre heures trente est la réunion de trois célèbres pièces du plus grand auteur anglais de tous les temps, William Shakespeare présenté au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 27 mai. Lors de sa précédente visite au FTA en 2010, Ivo van Hove s’était également donné le même type de défi avec d’autres œuvres shakespeariennes dans Tragédies romaines et comme à cette époque, il a réussi à nous impressionner. 

Trois grandes  pièces Henry V, Henry Vl et Richard lll  relatent la succession des rois d’Angleterre sur le trône, débutant par leur couronnement, les grandes guerres anglaises, les rois qui engendrent d’autres rois, combattent pour le trône, se font la guerre entre clan, jalousie et traîtrise… tout cela sur un fond adapté, que je situerais dans les années cinquante avec une touche de technologie actuelle! 

 Ivo van Hove


Mettre en scène trois pièces en une seule reste un énorme défi, cela demande de réduire un dix heures de textes en quatre heures. Ivo van Hove choisit des codes clairs pour bien situer le public et éviter la redondance tout en maintenant l’attention et la compréhension. Une œuvre colossale!!

Kings of War est présentée dans la langue des comédiens, le néerlandais, avec sous-titres français et anglais. Notre regard alterne entre leur visage, l’action sur scène, leurs expressions et le tableau des traductions… une danse à laquelle on s’accoutume aisément en visitant le FTA, la conséquence d’un désir légitime de rendre accessibles les œuvres d’artistes étrangers. Et pour nous, c’est un privilège exceptionnel de goûter au théâtre international dans sa propre ville. Le FTA nous permet de découvrir les arts et particulièrement un théâtre différent, en fait, connaître comment on aborde l'art ailleurs… On explore l’expression culturelle d’un peuple, ses codes, sa façon de créer et sa vision. Question de voir au-delà de nos propres codes et de briser nos limites…



Kings of War me surprend par l’aspect relativement classique de son style… Les acteurs semblent tous assez âgés et même s’ils ne le sont pas, ils en ont quand même le port… donc, la facture de tout le spectacle a quelque chose d’extrêmement classique et conventionnel dans son aspect visuel. Les costumes et le décor sont sobres laissant toute la place au jeu des comédiens. On sent par ailleurs la puissance du travail de ceux-ci, la rigueur dans leur jeu et la force de leur complicité pour l'oeuvre commune. 

Ils intègrent bien la technologie, alternant entre le jeu sur scène et sur grand écran, de projection de l’histoire qui se poursuit derrière le rideau, comme si les coulisses étaient la suite du château et que les acteurs continuent à y vivre en sortant de scène. La caméra les suit et on peut voir la suite par l’entremise de films préenregistrés ou en direct… Ainsi, un acteur donne certaines de ses répliques à l’écran qui se synchronise avec son entrée sur scène où il continue la conversation qu’il a avec un autre personnage.



De plus, cette technologie permet d’accorder un répit aux quinze interprètes qui se succèdent en sous-groupe sur scène pendant les quatre heures de représentation.

D'entrée de jeu, Henry V, une pièce que je connais pour l’avoir déjà jouée.  Il m’apparaît évident qu’on a dû couper énormément pour pouvoir faire entrer un texte de plus de trois heures en 1h15-30. Et quelle partie couper?...d’une part pour ne pas affecter la compréhension de l’histoire, d’autres parts pour garder l’essentiel des meilleurs moments?… Un dilemme quasi impossible à résoudre, car tout est bon!!



Naturellement, j’ai retrouvé mes meilleures scènes, mais pas toutes… Les priorités d'adaptation de Peter Van Kraaij et de Bart Van den Eynde se concentrent dans le flot de l’histoire psychologique des rois, leur évolution, l’édification de leur royauté et les complots de tous les protagonistes pour arriver à leur fin!  Il fallait faire des choix!

 Par exemple, dans Henry V le moment clef de l’histoire se situe lorsque le roi fait un discours exceptionnel à ses troupes pour les encourager avant le grand combat final.  Toute cette scène effervescente est sonore, sans appui visuel…les acteurs étant tous en coulisses.  Donc, nous n’avons pas pu voir les réactions des combattants et le pouvoir du roi qui ravive le feu de ses troupes si important dans l‘histoire…  Ils avaient assez de comédiens pour nous la jouer et nous faire goûter au puissant charisme du roi…  L'équipe du metteur en scène, des dramaturges et adaptateur avait sûrement une bonne raison… néanmoins, cela prouve que le feu au combat n’était pas une priorité dans leur regard, il se sont concentrés sur tous les aspects psychologiques comme mentionnés précédemment, ce qui nous offre un théâtre plus cérébral.



Un spectacle à voir pour découvrir tous ses aspects différents, s'enrichir d'une vision particulière et connaître un grand metteur en scène… Jusqu’au 27 mai au théâtre Denise Pelletier.
Et pour voir l’agenda complet du FTA cliquer ICI!





Un spectacle du Toneelgroep Amsterdam
Texte Shakespeare
Mise en scène Ivo van Hove
Interprétation Hélène Devos + Jip van den Dool + Fred Goessens + Janni Goslinga + Aus Greidanus jr. + Marieke Heebink + Robert de Hoog + Hans Kesting + Ramsey Nasr + Chris Nietvelt + Harm Duco Schut + Bart Slegers + Eelco Smits + Leon Voorberg
Traduction Rob Klinkenberg
Adaptation et dramaturgie Peter Van Kraaij
Adaptation Bart Van den Eynde
Scénographie et lumières Jan Versweyveld
Composition musicale Eric Sleichim
Contreténor Steve Dugardin
Musiciens BL!NDMAN [brass] : Max Van den Brand + Charlotte van Passen + Daniel Quiles Cascant + Daniel Ruibal Ortigueira
Costumes An D’Huys
Vidéo Tal Yarden

Assistance à la mise en scène Nina de la Parra + Olivier Diepenhorst
Assistance à la dramaturgie Thomas Lamers
Assistance à la scénographie Bart Van Merode + Pascal Leboucq
Assistance à la vidéo Rodrik Biersteker
Assistance aux lumières Trent Suidgeest
Assistance à la conception sonore Finn Kruyning
Conseil au casting Hans Kemna
Direction technique et de production Wolf-Götz Schwörer

Co-commissaires Barbican (Londres) + Chaillot – Théâtre national de la Danse (Paris) + Wiener Festwochen (Vienne)
Coproduction BL!INDMAN (Bruxelles) + Holland Festival (Amsterdam) + Muziektheater Transparant (Anvers)
Avec le soutien de Rabobank Amsterdam
Producteurs privés Harry + Marijke van den Bergh
Présentation en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier

Rédaction Diane Jean
Traduction Neil Kroetsch

Création au Wiener Festwochen, Vienne, le 5 juin 2015